L'ORTHOGRAPHE EST UN POUVOIR, PRENEZ-LE ! 

Nouvelle méthode 

Faut-il simplifier la langue française ?

Article pour le journal Le Drenche

L’orthographe, morte ou vive ; défendons sa simplification

 

En France plus qu’ailleurs, la langue écrite déchaine des passions : les rectifications de l’orthographe proposées en 1990 ont rapidement été admises en Belgique alors qu’elles se sont heurtées en France à une forte opposition, peu regardante sur la qualité des arguments énoncés par les linguistes qui s’expriment en faveur des rectifications orthographiques : 

 

·      Parce que la langue est un objet vivant qui évolue depuis toujours

Pour les linguistes, la volonté puriste de conserver telle quelle la norme orthographique est en partie liée à des représentations erronées de la langue, parmi lesquelles celle d’une langue écrite immuable. Tout le monde parlerait et écrirait depuis toujours et partout « la même langue ». Parce que la langue écrite est ainsi perçue comme un héritage et un bien commun, la conserver devient un « devoir patrimonial ».

En réalité, la norme a toujours évolué, et « sans jamais se perdre » (H. Walter, 1997). Molière écrivait, à titre d’exemple, « ortographe » et « misantrope » !

 

·      Parce que la norme orthographique est discriminante  

L’attitude puriste est également liée à des questions de pouvoir. Dès sa construction, l’orthographe est maitrisée par une élite restreinte et volontairement compliquée pour qu’elle le reste. Car l’exclusion du savoir exclut du pouvoir. L’orthographe représente ainsi un véritable pouvoir, alors même que le choix des formes ne repose pas sur des motifs linguistiques.

Ainsi défend-on des graphies qui n’ont aucune utilité du point de vue de la langue, c’est-à-dire des lettres qui ne transcrivent pas de son ni n’éclairent le sens des mots, et qui ne sont même pas cohérentes avec l’étymologie, voire le fait d’erreurs historiques. C’est le cas du <x> pluriel, qui n’est qu’une mauvaise transcription des écrits des moines copistes ; ou du <ph> dans « nénuphar », qu’on revendique alors que le mot ne vient pas du grec et s’écrivait à l’origine avec un <f>. Et pourquoi « coffre-fort » avec un trait d’union, mais « château fort » ?

 

·      Parce que l’orthographe est en danger

Parce que l’évolution de la société ne s’accorde pas avec ces « délires de l’orthographe » (N. Catach, 1989), l’orthographe dessert ses usagers au lieu de les servir. Il y a aujourd’hui près de deux fois plus d’élèves très faibles et de fautes dans les copies qu’il y a vingt ans.

Plutôt que cet objet vivant, l’orthographe risque alors de devenir un patrimoine mort : sacralisée et encensée, mais non pratiquée par la majorité et à côté de laquelle se développeront de plus en plus de pratiques d’écriture anarchiques.

 

·      En conclusion, parce qu’il en va de la démocratisation et de la sauvegarde de l’orthographe

Il ne s’agit pas, donc, de défendre une orthographe phonétique, mais d’évoquer les choix normatifs qui ont été faits et de réformer ce qui n’a pas d’utilité du point de vue de la langue, pour faciliter l’accès à l’orthographe au plus grand nombre. Dans cet objectif, son enseignement-apprentissage doit aussi être amélioré, par le biais notamment de nouvelles méthodes, telles que la « Méthode Joannidès ».

« La France est aujourd’hui à la croisée des chemins : il va falloir soit réformer et enseigner à tous les Français l’orthographe française (une orthographe simplifiée), soit la réserver à une classe cultivée » (Chervel, 2008 : 5). Défendre la langue, c’est rapprocher celle-ci de ceux qui la pratiquent (Hoedt Arnaud, Piron, 2017 : 105).


Pour citer l'article : Joannidès, Roxane. (2023). "L’orthographe, morte ou vive ; défendons sa simplification", journal Le Drenche.